Nelly Davies auteur/écrivain, retour accueil

Jockey, noir et célèbre dans Le Parisien

« J’ai le sentiment de revivre une énième fois auprès de lui, de monter à cheval à ses côtés. C'est un peu comme s'il me protégeait encore. » Avec « Jockey, noir et célèbre », le livre que Nelly Davies consacre à son père, cette femme de 69 ans replonge d'abord dans un passé personnel douloureux. Celui de la souffrance d'une enfant naturelle mulâtre qui se brouillera plusieurs fois avec cet homme, distant, insaisissable, mais aussi adulé par elle. Elle évoque l'histoire de ce père « inconnu », premier jockey noir de l'histoire en France, disparu en 1974 à l'âge de 93 ans. Elle dédicacera l'ouvrage cet après-midi à la librairie de Sartrouville, l’Arbre à lire.
Un destin extraordinaire
Il faut dire que l'histoire de cet homme est assez extraordinaire. Né en 1882 aux Etats-Unis, dans le Kentucky, Jimmy Winkfield ne tarde pas à faire parler de lui après deux victoires éclatantes dans le Kentucky Derby, le plus grand événement des courses américaines. Mais sur ces terres ségrégationnistes, il ne fait pas bon être célèbre et de couleur. Un richissime Russe le remarque et lui offre un pont d'or pour... Moscou et la monte des pur-sang du tsar Nicolas II. Jimmy s'y exile en 1905. Il tourne en Allemagne, Autriche, Pologne et Hongrie avec autant de victoires à la clé. Au passage, il rencontre Joë Davies, un entraîneur britannique qui deviendra le grand-père maternel de Nelly. La révolution de 1917 renvoie Jimmy sur les routes. Le voilà à Maisons-Laffitte en 1918. Pour, de nouveau, une série de succès prestigieux sur les pistes. Séduisant, Jimmy se marie trois fois. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir des « aventures » extraconjugales, dont celle qu'il a avec Joséphine, la fille de Joë. Nelly, née en 1940, en est l'un des fruits. Mais l'homme n'est pas un père très aimant. La guerre venant, il part aux Etats-Unis et n'en revient qu'en 1953. « Je l'attendais, il me manquait énormément, d'autant que je souffrais du racisme », confie Nelly dans son appartement de Houilles. Lorsqu'elle le voit pour la première fois, déception. Elle ne reçoit qu'une simple poignée de main. Les vingt dernières années de la vie de Jimmy, à Maisons-Laffitte, seront à l'unisson. Des hauts et des bas affectifs que Nelly confie pudiquement dans ces pages.
LAURENT MAURON ■ Dédicace aujourd'hui de 15 heures à 18 heures à la libraire l'Arbre à lire.

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Article paru dans Le Parisien du 10 avril 2010
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